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Pouvoir d’achat

quel rôle pour les multinationales ?


Il est désormais courant que les grandes entreprises s’associent à des événements LGBT tels que le mois des fiertés, la journée internationale du coming out (le 11 octobre) ou la journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie (le 17 mai). Aux États-Unis, plusieurs centaines d’entreprises américaines ont formé une coalition au sein de la Human Rights Campaign, qui milite, au Congrès, en faveur d’une loi qui offrirait des protections juridiques aux personnes LGBT.

Les militants émettent parfois des critiques contre ces soutiens, perçus comme profitant de leurs combats. Ce qui nous intéresse ici est plutôt le fait que ces pratiques restent limitées à certains pays. La solidarité des entreprises reste rarement observable dans des pays où les gouvernements s’avèrent hostiles à la communauté LGBT.

Cela concerne une grande partie du monde. Selon l’International Lesbian and Gay Association, 69 pays criminalisent actuellement les rapports homosexuels consentis. Dans certains pays, la peine encourue est la mort. Y faire son coming out, c’est ainsi parfois mettre sa vie en danger.

Et si les multinationales présentes dans des pays hostiles utilisaient leur influence économique et leurs ressources pour faire progresser la protection des personnes LGBT, de la même manière qu’elles défendent l’égalité dans les pays occidentaux ? Différentes études considèrent la question.

Le modèle de « l’avocat »

Puisque les multinationales contribuent à l’économie de leur pays d’accueil, elles possèdent un accès privilégié aux responsables gouvernementaux. Cela peut représenter une occasion de faire part de leurs préoccupations concernant les lois et pratiques LGBT hostiles d’un pays. D’autant plus étant donné les ressources que les entreprises investissent dans leur activité politique et leur programme de responsabilité sociale.

Certains critiques soutiendront que les multinationales doivent respecter les lois de leur pays d’accueil et éviter les activités qui pourraient avoir un impact négatif sur leurs intérêts commerciaux. Mais les multinationales peuvent-elles vraiment assumer pleinement leur responsabilité sociale en ce cas, d’autant plus si sont concernées des personnes LGBT qui comptent parmi leurs employés, fournisseurs ou clients ?

Il existe, dans les faits différents degrés d’action pour protéger les personnes LGBT dans les pays hostiles. Si un soutien public peut créer des tensions entre l’entreprise et le gouvernement hôte, et mettre potentiellement les personnes LGBT en danger, il alors être plus prudent de plaider en coulisses. Cela peut se faire dans le cadre d’engagements permanents avec les législateurs ou de manière ponctuelle, lorsque la protection des personnes LGBT est directement évoquée lors de réunions d’affaires.

L’une des approches suggérées par Coqual, un groupe de réflexion mondial à but non lucratif, est le “modèle de l’avocat”. Il invite les entreprises à faire directement pression sur les gouvernements hôtes ou à apporter un soutien symbolique à la communauté LGBT locale.

Selon le pays, il n’est peut-être pas encore réaliste d’obtenir l’égalité totale pour les personnes LGBT, comme la reconnaissance des mariages entre personnes de même sexe. Il est peut-être plus facile d’obtenir des protections fondamentales comme la décriminalisation, des lois sur les crimes haineux et des politiques de non-discrimination pour les personnes LGBT.

Des arguments à avancer

Une autre approche de la défense des droits LGBT par les entreprises consiste à faire partie d’une coalition mondiale d’entreprises partageant les mêmes idées. Open For Business, une organisation à but non lucratif basée à Londres, mène, par exemple, des recherches sur les avantages économiques de l’intégration des personnes de cette communauté.

L’une de ses récentes études a révélé que les talents LGBT tiennent compte des lois d’un pays lorsqu’ils choisissent un travail à l’étranger ou les destinations de leurs voyages d’affaires. Une autre a mis en évidence l’impact économique négatif des politiques hostiles aux LGBT en Europe centrale et orientale.

Autant d’arguments utilisables par les entreprises pour démontrer les méfaits des lois et pratiques hostiles aux personnes LGBT.

Courir après l’« argent rose »

Les simples effets d’annonce ne suffisent par ailleurs pas. Une entreprise qui se targue d’être un lieu de travail agréable pour les personnes LGBT et qui court après « l’argent rose », expression qui renvoie au pouvoir d’achat des personnes homosexuelles, mais qui prend peu de mesures pour lutter contre la persécution de ces mêmes personnes, risque d’être critiquée à juste titre sur son véritable engagement envers la communauté. Pour finalement des résultats économiques inverses à ceux escompter.

Des risques réputationnels sont, enfin, encourus lorsque des multinationales ont une présence importante dans des pays hostiles tout en se présentant comme des entreprises favorables aux LGBT dans les pays occidentaux.



Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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